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Cela ne vous dit probablement rien et pourtant si vous êtes amateur d’huîtres vous avez déjà probablement consommé des triploïdes sans le savoir alors que ce ne sont pas des huîtres « nées en mer » (il est interdit de dire « pas naturelles »)…

À l’origine les larves d’huîtres, appelées naissains, étaient captées en mer pour être élevées au moins trois ans. Elles donnaient des huîtres excellentes l’hiver mais laiteuses en été, pendant la période de reproduction (on disait qu’il fallait les consommer les mois en « r »). Ces huîtres sauvages sont dites diploïdes car elles contiennent des jeux de deux chromosomes.

C’est en 1997 que l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) a créé en laboratoire des huîtres triploïdes (jeux de trois chromosomes).  Elles sont obtenues par un croisement de diploïdes femelles avec un super géniteur mâle dit tétraploïde (jeux de quatre chromosomes) lui même issu au départ de manipulations en laboratoire (vous me suivez ?). Les triploïdes ne sont pas des OGM au sens juridique du terme car aucun gène étranger n’a été introduit mais il s’agit tout de même d’organismes manipulés génétiquement.

Ces huîtres présentaient sur le papier des avantages qui ont rapidement séduit les ostréiculteurs :

  • Elles sont stériles (en théorie) donc pas laiteuses en été pour le plus grand plaisirs des touristes, à la période où ils sont les plus nombreux
  • Elles grossissent plus vite car elles ne dépensent pas d’énergie pour la reproduction (elles sont commercialisables au bout de deux ans au lieu de trois)
  • Elles sont plus résistantes (en théorie) car on sélectionne soigneusement les géniteurs

Mais il convient de lister également les inconvénients :

  • Elles sont stériles donc les ostréiculteurs sont dépendants des écloseries (qui produisent les naissains triploïdes) qui sont dépendantes de l’Ifremer à qui elles achètent les tétraploïdes à prix d’or (au moins mille euros pièce). Notons également que les écloseries ont recours à du phytoplancton de culture pour nourrir tout ce petit monde
  • Elles partagent un patrimoine génétique limité (un même mâle géniteur peut donner trente millions de triploïdes en fécondant une quinzaine de femelles. Heureux papa !)
  • Les tétraploïdes représentent un grand danger car si elles se retrouvaient en milieu naturel elles se reproduiraient avec les huîtres sauvages pour donner des huîtres stériles

Et l’incidence de leur consommation sur la santé ? Et bien rien ne permet de dire qu’elles sont dangereuses mais rien ne permet non plus de dire le contraire ! En tout cas il n’y a pas d’étude publique sur la question. Mais jusqu’ici tout va bien (le principe de précauquoi ?).

C’est donc en toute discrétion (opacité ?) que cette huître trafiquée s’est répandue en deux décennies pour atteindre environ 50% du marché. Non seulement dans les estomacs des amateurs mais aussi dans des zones de l’atlantique fortement soumises aux puissants courants des marées (un environnement pas franchement contrôlable).

Depuis, l’avantage n°3 a pris l’eau et la note est salée (OK j’arrête). Et après des années de forte mortalité, de plus en plus de voix s’élèvent contre ces triploïdes et des ostréiculteurs se regroupent pour prôner et valoriser la méthode traditionnelle.

Des questions se posent :

  • Comment a-t-on pu commercialiser pendant vingt ans une espèce manipulée génétiquement dans le plus grand silence ?
  • Pourquoi le consommateur n’a-t-il pas le droit de savoir ce qu’il achète ? Pourquoi l’étiquetage clair est-il refusé ?
  • Où sont les études concernant l’impact sur la santé et l’introduction dans l’environnement naturel de ces organismes  ?
  • Est-il normal que l’Ifremer soit à la fois chargé de la recherche sur la mortalité et de la commercialisation des fameuses tétraploïdes (juge et parti) ?
  • Est-il raisonnable de vouloir manger des huîtres sans lait pendant leur période de reproduction (des fraises et des tomates en hiver etc.) ?

En tout cas vous pourrez maintenant faire votre choix en toute connaissance de cause, enfin si vous osez poser la question (chiche ?) et surtout si celui qui vous les vend sait si elles sont triploïdes ou non, ce qui n’est pas gagné…

Il est 1 commentaire

  1. Elgocho

    Suite à cet article, j’ai un peu cherché pour mieux comprendre ce qu’était une triploïdie, en fait, c’est très précisément de la trisomie sur tous les gênes. Génial.
    Et pour obtenir des huîtres trafiquées, ils les bombardes de produits chimiques. Trop la classe. C’est finalement très proche de ce qu’on a avec les « nouveaux OGM ».


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